“à la recherche d’une mémoire fracturée” – revue de CETTE MAISON

Emmanuel St. Juste critique le film Cette maison de Miryam Charles.

Cette maison est en affiche le jeudi 26 février @ 19h
This House screens Thursday 26 February @ 19h
– original french version with english subtitles –
en presence de la réalisatrice Miryam Charles

>>> billets 10$ / 7$

FR >>

(english follows)

Présenté en 2022 au Festival International du Cinéma à Berlin, Cette maison, de la cinéaste Canado-Québecoise Miryam Charles, d’origine Haïtienne, semble avoir récolté les hommages, entre autres sélectionné par le TIFF parmi les 10 meilleurs films de l’année, le rayonnement international de la cinéaste ne cesse de s’amplifier.

Cette cinéaste de 42 ans, née en 1982 et diplômée au Mel Hoppenheim École de Cinéma à l’Université Concordia à Montréal poursuit une carrière de cinéaste, productrice et aussi Directrice de la Photographie hors normes.

Venant du court-métrage, Miryam Charles fait une entrée remarquable dans le monde du long-métrage avec ce film singulier et d’une reconnaissance croissante du public de l’originalité de la cinéaste.

Film-poème à première vue sur le chagrin, faisant suite à la mort tragique d’une adolescente de 14 ans à Stanford au Connecticut, Miryam Charles transforme le récit original de la perte en 2008 de sa jeune cousine en une narrative plus riche, plus complexe, transformant une intime tragédie familiale en une singulière expérience cinématographique.

La caméra de Miryam Charles tisse un récit à travers différentes chronologies et dimensions temporales, propulsées par une écriture cinématographique mêlant avec une extraordinaire dextérité le style documentaire, la fiction reconstituée, même théâtrale et le cinéma expérimental.

LA MÉMOIRE… ET L’OUBLI

Cette exploration des multiples facéties de la peine éprouvée par la perte d’un proche, Miryam Charles décline son récit d’une manière elliptique, à la recherche d’une mémoire fracturée, mettant l’emphase sur une partie de la mémoire qui s’efforce de retrouver  et de futilement reconstituer ce qui au final appartient au passé.

Tourné durant les difficiles années de la pandémie du COVID entre l’Amérique, le Québec et les Antilles, le lexicon cinématographique de Miryam Charles est multiple. Incidemment dû aux difficiles conditions de tournage.

Utilisant le format.16 mm, autant que le Super8, l’exploration du médium cinématographique dans Cette maison jongle avec dextérité, tantôt style cinéma-vérité pour les séquences de ‘road movie’, et un style plus sobre ou même pictural qui rappelle les grands maîtres de la peinture classique Néerlandaise. 

L’utilisation de la pellicule chez Miryam Charles se caractérise par sa connaissance innée du cinéma, tantôt sur un ton plus solennel pour les reconstitutions dans des décors de studio, tantôt sur un ton plus introspectif avec la voix off pour les longues séquences style ‘travelling. L’effet final demeure un exercice de pure poésie qui bouscule les frontières de la narration cinématographique.

Cette œuvre singulière renouvelle nos rapports avec l’image filmée, instaure d’emblée un nouveau régime de lecture du cinéma contemporain.

Mais au-delà de tout cela, Cette maison est au final une démarche poétique à la recherche  de ce qui n’existe plus, sur l’impossible retour aux sources, sur le sens de l’appartenance, de l’exil intérieur, de l’appartenance, de l’identité perdue, de l’imagination et de l’oubli.

Présenté par Emmanuel St.Juste – Diplômé en Cinéma et Beaux-Arts à l’Université de la Colombie-Britannique et ex-chroniqueur pigiste à Radio-Canada à Vancouver, Journaliste en Arts et Spectacles.

EN >>

Presented at the 2022 Berlin International Film Festival, THIS HOUSE, by Canadian-Quebec filmmaker Miryam Charles, of Haitian origin, has garnered widespread acclaim, including being selected by TIFF as one of the 10 best films of the year. The filmmaker’s international profile continues to grow.

This 42-year-old filmmaker, born in 1982 and a graduate of the Mel Hoppenheim School of Cinema at Concordia University in Montreal, is pursuing an exceptional career as a filmmaker, producer, and cinematographer. Having started in short films, Miryam Charles makes a remarkable entry into the world of feature films with this unique work, earning increasing public recognition for her originality.

A film-poem at first glance about grief, following the tragic death of a 14-year-old girl in Stanford, Connecticut, Miryam Charles transforms the original account of her young cousin’s 2008 loss into a richer, more complex narrative, turning an intimate family tragedy into a singular cinematic experience. Miryam Charles’s camera weaves a story across different chronologies and temporal dimensions, propelled by a cinematic style that blends documentary, reenacted fiction (even theatrical elements), and experimental filmmaking with extraordinary dexterity.

MEMORY… AND FORGETTING

In this exploration of the many facets of grief experienced by the loss of a loved one, Miryam Charles unfolds her narrative elliptically, searching for a fractured memory, emphasizing a part of memory that strives to recover and futilely reconstruct what ultimately belongs to the past. Filmed during the difficult years of the COVID pandemic between America, Quebec, and the Caribbean, Miryam Charles’s cinematic vocabulary is multifaceted, incidentally due to the challenging filming conditions. Using both 16mm and Super 8, the exploration of the cinematic medium in THIS HOUSE skillfully juggles, at times, a cinéma-vérité style for the road movie sequences, and a more restrained or even pictorial style reminiscent of the great masters of classical Dutch painting.

Miryam Charles’s use of film is characterized by her innate understanding of cinema, sometimes adopting a more solemn tone for reconstructions in studio sets, sometimes a more introspective one with voice-over narration for long tracking shots. The final effect remains an exercise in pure poetry that challenges the boundaries of cinematic storytelling. This singular work renews our relationship with the filmed image, establishing from the outset a new way of interpreting contemporary cinema.

But beyond all this, THIS HOUSE is ultimately a poetic exploration in search of what no longer exists, of the impossibility of returning to one’s roots, of the meaning of belonging, of inner exile, of lost identity, of imagination, and of oblivion.

Reviewed by Emmanuel St.Juste – Diploma in Cinéma and Fine Arts at the University of British Colombia and ex-freelance film critic à Radio-Canada à Vancouver, Journalist in Arts and Entertainment.

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